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Remplacer la pompe de gavage de Gasoil d’un moteur diesel

Sur un voilier, le moteur n’est pas censé être le moyen de propulsion principal. Mais il sert quand même. Un moteur fiable est un gage de sécurité : il facilite les manœuvres de port, il peut permettre de se tirer rapidement d’un mauvais pas, ou de faire une manœuvre rapide pour récupérer un équipier tombé à l’eau. Bref, même sur un voilier, c’est presque indispensable.

Lorsque le moteur commence à ne plus fonctionner c’est vite des soucis, d’autant plus gênant et compliqués à résoudre qu’il s’agit d’un diesel in-board que d’un hors-bord. Et si l’on n’est pas mécanicien, la facture peut vite grimper. Mais certaines opérations peuvent être faites par le marin standard, non diplômé de mécanique, du moment que l’on est correctement outillé, bien conseillé et que l’on prend son temps. Le maitre mot est d’éviter la précipitation.

Ayant eu quelques difficultés avec mon moteur en fin de saison dernière, je vais vous présenter ici comment remplacer une pompe de gavage du circuit de gasoil. Mon moteur est un Yanmar 2GM20, mais la manière de faire ne doit pas être bien différente avec un autre modèle.

Au sommaire de cet article :

  1. La pompe de gavage, c’est quoi ?
  2. Quand changer la pompe de gavage ?
  3. Comment remplacer la pompe ?
  4. Autopsie d’un cadavre
  5. Conclusion

 

La pompe de gavage, c’est quoi ?

Le circuit de combustible (gasoil) sur le moteur est composé, dans l’ordre, de :

  1. le réservoir
  2. le pré-filtre décanteur
  3. la pompe de gavage
  4. le filtre
  5. la pompe d’injection
  6. les injecteurs

La pompe de gavage est donc située entre le pré-filtre et le filtre. Cette pompe refoule à une pression basse et permet de gaver la pompe d’injection. Sur le schéma ci-dessous à gauche (extrait de la notice de mon moteur), la pompe de gavage correspond au repère 3 de la figure A. Elle est donc située à tribord, sur le coté du moteur, sous le coude d’échappement. Le schéma du centre représente la quasi totalité du circuit de gasoil et celui de droite, la dite pompe de gavage.

 

Quand remplacer une pompe de gavage ?

Quand elle ne marche plus ! Un moteur est suffisamment compliqué à faire fonctionner, alors si rien n’est cassé ou que le fabriquant ne demande pas dans le carnet d’entretiens de toucher à quelque chose, évitez de commencer à démonter des choses. Donc, la pompe ne faisant l’objet d’aucune prescription de maintenance de la part du constructeur, si elle n’est pas défaillante, il n’est pas question de la changer.

Alors comment en suis-je arrivé à la décision de la remplacer : j’ai procédé à un diagnostic par étape, en m’appuyant sur les conseils des pontons, sur internet, et sur des documents fournis par un collègue expert de ce genre de matériel.Le cheminement a été le suivant :

Mon moteur a, depuis que j’ai acheté le bateau, toujours bien fonctionné. Le précédent propriétaire avait fait changer la pompe d’injection par un mécano (facture à l’appui – opération non accessible à non initiée, et douloureuse à la facture pour l’heureux propriétaire) et il n’y avait pas de problème connu. Il démarrait toujours au quart de tour. Aucune fuite connue : la cale moteur est propre et peinte en blanche, et je la nettoie régulièrement (on verra par la suite que tout cela a son importance).

 

En fin de saison, il a commencé à rechigner au démarrage : le démarreur tourne, mais dans le vide. Il ne se passe rien. Par acquis de conscience, j’ai tout d’abord vérifié les batteries : tension bonne, sans chute lors du démarrage. Ça ne venait donc pas de là. De toute façon, avec les batteries HS, le démarreur lui même ne tournerait pas.

 

En insistant plusieurs fois, le moteur arrive enfin à démarrer, péniblement, en fumant noir au début, puis prend de la vitesse et tourne normalement. Une fois lancé, plus de problème ni de symptômes.

 

Une inspection générale me révèle une présence d’huile et de gasoil au fond de la cale, trahissant une fuite nouvelle.

 

Une fois avec tous ces éléments en main, je questionne autour de moi, recherche sur internet et dans ma bibliothèque la cause probable (C’est Docteur House, mais sans blouse et avec plus d’huile de vidange. Et le patient ne peut pas parler pour dire où il a mal). Un collègue expert dans ce domaine m’a fournit 3 documents de diagnostic utiles :

  1. causes probables et remedes possibles à l emission des fumees
  2. grille synoptique
  3. qu est ce qui ne va pas

Le moteur tourne, mais ne démarre pas et lorsqu’il démarre, la présence de fumée noir trahit une mauvaise combustion. Si vous avez déjà changé un filtre à gasoil et oublié de purger le circuit, cela vous rappellera quelque chose : présence d’air dans le circuit de gasoil. De plus, le fait que le moteur tourne parfaitement après cela semble confirmer cette hypothèse. Toutefois, je n’ai pas touché récemment au circuit de gasoil, et cela se reproduit dès que le moteur est mis à l’arrêt durant un certain temps. Il y a donc une entrée d’air ou, à minima, une  fuite de combustible. La présence de trace anormale au fond de la cale confirme cela.

La lecture de différents témoignages sur internet et l’expérience des voisins de ponton confirment le doute : la pompe de gavage est constituée d’une membrane et de deux clapets. Si l’un de ces clapets dysfonctionne ou que la membrane est distendue ou percée, cela occasionne les symptômes observés. De plus, cela conduira à une élévation du niveau d’huile dans le bloc moteur.

 

Le verdict est donc tombé, il faut faire quelque chose à cette pompe. Apparemment Johnson, le fournisseur officiel de Yanmar pour tout ce qui est périphérique moteur, ne détaille pas les pièces de cette pompe. Il faut la changer entièrement. Il doit être possible de bidouiller le truc si l’on s’y connait, mais ce n’est pas mon cas, je me met donc en quête de la pièce complète. La recherche est vite faite, un tour chez le motoriste du coin, et elle est commandée. Ce n’est pas donné : 200€ environ. Et à ce prix, le joint n’est pas inclus (vu le prix de la pièce, je trouve cela un peu mesquin), il ne faut pas oublier de le rajouter (environ 3-4€). Il est possible d’en trouver à pas cher sur des sites d’occasions entre particulier, mais j’ai préféré jouer la carte de la garantie et de la facture (un plus en cas de revente du bateau). La pièce est reçue en 15 jours, il ne reste plus qu’à la monter.

 

Comment remplacer la pompe ?

Pour remplacer la pompe, il faut avoir :

  1. un jeu de clé plates de taille 5 à 20
  2. une clé à cliquets avec des douilles de 5 à 20 (ce n’est pas obligatoire, mais c’est quand même très pratique)
  3. une petite clé à cliquets avec des douilles de 5 à 14 et une rallonge (ici aussi, ce n’est pas obligatoire, mais très pratique, surtout si l’accès n’est pas aisé)
  4. la pièce de rechange avec son joint
  5. une lame de cutter
  6. un maillet à embouts nylons
  7. des chiffons (beaucoup), si possible en tissu
  8. des gants en plastique (genre gants de chirurgien) (beaucoup aussi)
  9. du dégraissant
  10. une lampe
  11. une paire de mains supplémentaires (pas obligatoire, mais utiles)
  12. des petits bacs pour mettre les petites pièces que l’on dépose
  13. des absorbants (éventuellement)
  14. une bassine qui entre sous le moteur (éventuellement)

 

Certaines personnes conseillent de démonter le coude d’échappement avant pour avoir un meilleur accès. Mon collègue expert de ces machines m’a conseillé le contraire : cela donne effectivement de la place, mais les goujons du coude d’échappement sont souvent fragilisés par les cycles thermiques et peuvent facilement casser au desserrage (d’autant plus probable que le moteur est vieux). Il m’a donc conseillé de ne pas le faire, quitte à perdre en confort, mais à m’éviter des ennuis plus importants.

 

Commencer par faire le ménage autour de vous et du moteur pour être au calme et bien installé. Enlever tout ce qui est susceptible de se salir (coussins, par exemple) et les mettre loin. Couper ensuite l’arrivée de gasoil en fermant le robinet d’isolement et couper l’électricité sur le bateau (il ne faudrait pas que par inadvertance le moteur démarre alors que vous avez les mains dedans. Disposez des piles de chiffons (petits) à des endroits stratégiques (facile d’accès), avec des sacs poubelle ouvert à coté. Si vous le pouvez, placez une bassine sous la pompe pour récupérer un maximum de gasoil.

Tout au long de l’opération, n’hésitez pas à changer de gant régulièrement et à essuyer le gasoil qui coule. Ça évite d’en mettre partout et que votre bateau garde cette odeur durant toute la saison.

 

Commencez par dévisser les vis d’arrivée et de refoulement du gasoil. Sur mon moteur (Yanmar 2GM20), il s’agit de visses creuses avec des rondelles servant de joint. Le montage est le suivant, dans l’ordre : vis, rondelle, tuyau, rondelle, pompe. Récupérez les vis et les rondelles, et les mettre dans un petit bac pour ne pas les perdre. Coté refoulement (donc entre la pompe et le filtre), le tuyau est rigide, il est donc nécessaire de dévisser également coté filtre pour permettre de bouger celui-ci. Arrivé à ce stade, pensez bien à mettre tous les outils que vous utilisez de coté, pour ne pas les ranger tout de suite. Il faudra les dégraisser soigneusement à la fin pour éviter qu’ils ne restent gras et empeste le gasoil.

vis creuse assurant la liaison entre la pompe et son flexible d’alimentation.

Une fois la pompe libre de ses tuyaux, vous pouvez commencer à retirer les deux goujons qui la maintiennent au bloc moteur. l’utilisation d’une petite clé à cliquet avec une rallonge est très appréciable si l’accès au coté du moteur n’est pas facile. Une fois les deux goujons extraits, la pompe peut rester collée au bloc moteur. L’utilisation d’un petit maillet à embout nylons pour tapoter dessus permet de la décoller. L’utilisation d’un marteau n’est pas recommandée, cela risquerait d’abimer des pièces. Comme précédemment, faites bien attention à récupérer toutes les pièces : les goujons et rondelles ne sont pas fournies avec la pièce de rechange.

Lorsque la pompe est déposée, bourrez un chiffon en tissu dans le trou du bloc moteur : cela permettra d’éviter par la suite que des morceaux, pièces ou poussière ne pénètrent dans le moteur. Cela lui serait préjudiciable.

Avant de mettre la nouvelle pompe, prenez le temps de nettoyer la portée de joint sur le bloc moteur avec une lame de cutter. Cela permettra d’enlever tout résidu ou morceau de joint resté collé et d’ainsi assurer une bonne étanchéité de l’assemblage final.

Une fois fait, préparer la nouvelle pompe : des petits caches sont normalement présent sur l’aspiration et le refoulement. Commencer par les enlever. Puis, prenez votre joint et graissez le. Cela participera également à l’étanchéité et il tiendra plus facilement en place lors de l’assemblage.

Vous pouvez désormais remettre la pompe en place. Il n’y pas besoin de réaliser un serrage au couple : un serrage ferme, mais pas excessif est suffisant. Il ne reste plus ensuite qu’à raccorder les arrivées et refoulement de gasoil. Normalement, la taille des flexibles et leur position vous empêche de vous tromper. Si toutefois vous avez un doute, deux petites flèches sur le dessus du corps de la pompe vous indique le sens de circulation du fluide. Il suffit donc de raccorder le flexible venant du pré-filtre à l’aspiration de la pompe, et celui allant au filtre sur le refoulement de la pompe.

Si vous n’avez pas beaucoup de place pour travailler, croyez moi cette étape, si elle n’est pas compliquée, n’est pas une partie de plaisir !

 

Il ne reste plus qu’à purger l’air du circuit de gasoil : rouvrez la vanne d’isolement du réservoir, ouvrez la vis de purge située sur le dessus du filtre (voir schéma constructeur ci-dessous) et actionnez le petit levier situé sous la pompe de gavage. Laissez s’écouler un peu le gasoil et refermez la vis de purge. Passez ensuite au nettoyage : tout doit devenir nickel. Ne lésinez pas sur les chiffons et le dégraissant. Il ne doit pas rester une seule saleté sur le moteur et dans la cale. Outre l’esthétique, cela permettra, comme au moment du diagnostic, de détecter une éventuelle fuite par la suite.

Il faut passer maintenant à la dernière étape : la requalification. Certes, l’idée de démarrer son moteur après une telle opération lorsque l’on n’est pas un habitué de la mécanique peut faire un peu peur (« Et si je me suis planté, je vais peut être tout casser »). Mais comme nous n’avons pas remplacé la pompe juste pour faire beau, mais bien pour que le moteur fonctionne, il faut y aller. Si le moteur a du mal à démarrer ou fume, c’est peut être parce que vous avez mal purgé le circuit de gasoil.

 

Autopsie d’un cadavre

Il est toujours intéressant de comprendre l’origine de la défaillance. J’ai donc procédé à une autopsie de la pompe déposée. Tout d’abord, en l’actionnant manuellement après avoir bouché  les orifices, je ne sent pas de dépression / surpression se former : elle est donc bien défaillante. Ensuite, la pompe se démonte assez facilement, il n’y a que 4 vis Pz à ôter. Une fois ouverte, je n’ai pas constaté de percement sur la membrane (mais ma vue n’est plus à l’optimum depuis plusieurs années). Par contre l’un des deux petits clapets semble être en mauvais état : il n’est plus bien dans son logement, une pièce le maintenant est tordue, son joint est sectionné et son ressort semble ne plus fonctionner.

 

Conclusion

Sur internet et sur les pontons, il se dit que se genre de pompe a une durée de vie d’environ 10 à 15 ans en moyenne. Mon moteur a 31 ans (comme moi et le bateau), et je n’ai pas connaissance qu’elle ai déjà été changée. S’il s’agit bien de la pièce d’origine, elle aura eu une belle vie. D’après le motoriste qui m’a fourni la pièce, il est peu probable que la nouvelle dure aussi longtemps. Non que la qualité de fabrication ait baissée, mais les gasoil utilisés maintenant ne sont plus les mêmes qu’il y a 30 ans. Pour des raisons de pollution, il y a certains composés en moins ou en plus, qui les rendent plus écologique, mais aussi plus « agressifs » pour les moteurs, et notamment pour les pièce en polymères comme la membrane de cette pompe. Mais maintenant, je devrais repartir pour au moins 10 ans.

Cette opération fait un peu peur si l’on n’est pas un pro de la mécanique, mais elle se fait assez bien au final. Il est important d’avoir les bons outils. Depuis quelques temps, j’ai une mallette outil à bord du bateau : c’est un investissement, mais je doit avouer que c’est un sacré plus. Plusieurs Ships propose de telles mallettes, mais il est possible d’en trouver ailleurs sur le net ou en magasin de bricolage. La mienne est plutôt bien achalandée (jeu de clés plates complètes, 2 clés à cliquets de différentes tailles, avec leurs rallonges et douilles, tournevis, marteau, pinces, clés 6 pans …), je pense qu’il ne lui manque qu’un maillet et une petite scie à métaux. C’est un allié de poids pour l’entretien du bateau.

 

Enfin, merci à tous les Dauphins qui m’ont donné un conseil ou une aide pour cette opération. Le ponton reste encore le plus efficace des outils dans ce genre de situation.

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