C’est en 1963, peu de temps après le démarrage d’Usinor que fut créé le club . Nous insistions alors pour l’appeler « association » ; ça s’est perdu … tant pis. Il faut se rappeler qu’à l’époque Dunkerque recevait un flux de population important et en majorité des transplantés connaissant peu la mer. L’idée de principe était de pouvoir mettre à la portée de tous la pratique de la voile, une des rares distractions possibles pour qui débarquait dans le nord. Ce principe ne fit pas l’unanimité, et de loin ! (…)

Les débuts furent donc modestes et parfois pénibles. La part de budget accordée par le CE, jointe aux cotisations, ne permettait que de couvrir les dépenses courantes. Contrairement à ce qui a été cru, c’est grâce au déblocage d’un budget spécial par monsieur Boudot directeur de l’usine que fut acquis le premier bateau.

C’était un sloop norvégien de 8,25 m de l’architecte Amiet, en bois classique, dépourvu de cockpit étanche, équipé d’un moteur Bolinder monocylindre à essence, démarrage à la manivelle. Il faisait eau par les hauts et par le bas. Il avait été acheté à un couturier parisien (d’où son nom de Kimono). Son convoyage depuis Paris fut homérique. Un premier équipage (José Castelain, Philipe Plénier, Bertrand Huleu, Cécile Papard) skippé par Jacqin Dupré, le père de Michel, a tenté de le ramener à Dunkerque. Parti de Paris il s’est échoué dans l’estuaire de la Seine sur le banc de la Meule…d’où il a été brutalement délogé par le mascaret. Dans un vent frais de nordet il a quitté Le Havre pour naviguer 24 heures et se retrouver au Havre après avoir tiré deux bords et écopé quelques centaines de litres. C’est dire les capacités de remontée au vent de ce bateau. Une semaine plus tard un autre équipage (Claude Quil, Jacquin Dupré, Jean Top) réussissait à gagner Boulogne, puis dans une troisième tentative Dupré et Quil ralliaient Dunkerque.

Après un échouage de nuit par force 10 sur le plateau de Waldam, Kimono a été restauré gracieusement par une entreprise et après quelques péripéties, vendu en 1969 à un amateur de bateaux anciens.

Le second bateau fut acheté au chantier Ziegler en 1965. C’était un ZS 710, variante du Primat de Van de Stadt, avec pont et roof en polyester et coque à bouchains vifs en contreplaqué. Etanche, remontant au vent (c’était une découverte pour certains), appelé Pareo, il a navigué de conserve avec Kimono pendant des années.

Puis les Dauphins se sont diversifiés, acquérant un 420 (appelé Tutu). Les chantiers Depître leur prêtait à titre de démonstration un Barracuda, sorte de grand Vaurien de 6,5 mètres, qui a fait naufrage devant Dunkerque (en 1968 ?) barré par un futur président des Dauphins qui se reconnaîtra.

Pendant ce temps, les fondateurs oeuvraient pour obtenir un bout de port et malgré certains bâtons dans les quilles se voyaient attribuer l’anse qui n’avait pas de nom à l’époque, appelée aujourd’hui anse des Dauphins. Il fallait l’équiper et ce n’était pas les cotisations et la maigre allocation du CE qui permettaient de planter des pieux et de faire construire des pontons. Nous avons trouvé des entreprises qui ont bien voulu nous fournir tout cela à bas (très bas) prix. Aujourd’hui elles auraient le titre de sponsors.

Et pendant l’hiver ? L’anse était mal protégée des vents de nord qui y soulevaient un vilain clapot. Les sorties en bateau auraient été rares. Les besoins en entretien sur le matériel collectif se révélaient importants… Il était nécessaire de mettre au sec. Pour cela les Dauphins se faisaient accueillir dans les locaux désaffectés d’une distillerie de betteraves, à Spycker. A l’automne tous les bateaux, collectifs ou privés, passaient l’écluse, entraient dans le port et remontaient le canal jusqu’à Spycker où ils étaient rentrés au sec à grands coups de grue de chantier prêtée gracieusement par une entreprise. Au printemps c’étaient les manoeuvres inverses. Tout cela dans un grand et joyeux tohu bohu de conseils et de distribution des tâches. A chaque week-end on se retrouvait « au hangar » pour réparer, gratter, poncer, repeindre, modifier et, à midi, déjeuner dans la petite gargote, tenue par la femme du forgeron, juste en face.

 

Claude QUIL

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